D'Alice Guy à Alice Dorn
Les racines miraculeuses d'un cinéma éminemment feministe
Tout le monde se souviendra avec émerveillement des bébés lotus d’Alice Dorn dans son film Les Racines miraculeuses, comme on se souvient aujourd’hui des bébés choux d’Alice Guy dans son film Sage-femme de première classe (1902), dont l’intuition porte en germe, bien avant L’Assassinat du duc de Guise (1908), la transparence des raccords qui a servi de fondation à toute l’industrie du cinéma de fiction.
Quant à Dorn, la transparence où elle excelle est celle des rêves, ponctuée par l’impératif d’un engagement envers le corps des femmes, en articulant une démarche documentaire éclairée. Qu’il s’agisse de l’avortement dans Rouge (2012), de l’éjaculation (féminine, bien évidement) dans Les Eaux profondes (2019) ou, tout simplement, du placenta – cette partie de nous méprisée par la société au profit de l’industrie pharmaceutique –, elle ne cesse de dénoncer les gestes fatals du patriarcat : "Allez, Papa, coupez le cordon ! Nous viderons le corps, peu importe les risques d’hémorragie, peu importe si l’on dépossède l’enfant de son capital immunitaire, peu importe si…"